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L’histoire au moyen âge.

De 1054 à   1793, Beaurainville s’est appelé successivement :

Belrem (1054) – Belrinium (1131) – Belraim (1138) - Belramum (1140) – Belram (1185) – Bellum ramum (1201) – Biaurain (1203) – Biaurein (1224) – Bellumramumvilla – Bellumramumcastrum (1234) – Bellum ramum (1244) – Biaurain (1311) – Biauraing (1346) – Biaurrain (1369) – Beaurain le vile – Beaurain Chastel (1507) – Borrainville ou Borramville (1614) – Beaurain sur Canche.

On ne peut parler de l’établissement de la forteresse de Beaurain sans faire allusion à l’aventure d’Harold, Comte du Kent, par laquelle ce château parait pour la première fois dans l’Histoire. Cette forteresse « du passé estoit bastie de pierre blanche, sur un rocher joignant le bois ceint de murs et de fossés profonds.

Le Comte Guy de Ponthieu s’empara du Comte Harold qui, ayant fait naufrage sur les bancs de l’Authie s’était jeté avec quelques personnes de sa suite dans un canot et était venu aborder la terre sur le domaine de Ponthieu. Le Comte Guy en fut aussitôt averti et vin lui même se saisir de la personne du naufragé qu’il enferma dans le Château de Beaurain,  puis il s’empara de tous ses biens et en fit son profit.

Le Prince Harold, Comte du Kent, avait été chargé, par Edouard le Confesseur, Roi d’Angleterre, d’une mission, auprès du Duc de Normandie ; il s’était embarqué à Bosham, port fréquenté près de Chichester, mais assailli par une violente tempête, il était venu échouer, comme nous l’avons vu, à l’embouchure de l’Authie, soumise au droit de Lagan ou de Bris. Le lagan attribuait au suzerain du rivage les navires que le hasard des tempêtes y faisait échouer, ce qui permit au Comte Guy de s’emparer d’Harold et de le retenir longtemps prisonnier à « Belrem ». Ce Belrem est incontestablement Beaurain sur Canche et tous les historiens de Picardie le reconnaissent. Quelques auteurs ont prétendu que le navire avait fait naufrage à la pointe du Hourdel, située à l’embouchure de la Somme et que Guy l’enferma dans une tour de St Valéry, qui s’appelle encore « tour Harold », mais c’est une erreur. Harold n’échoua pas  au Hourdel mais sur les bancs de l’Authie et ce qui le prouve, c’est que les documents les plus authentiques font foi qu’il fut conduit et enfermé à Beaurain, château voisin de Montreuil. C’est ainsi que l’indique Monsieur Lancelot dans un article des Mémoires de l’Académie des inscriptions et belles lettres.

On lit dans les mémoires de littérature :

« Guy garda Harold par grand cure

« Moult en creut mesaventure

« A Belrem le fist envoyer

« Pour faire le duc esloigner.

Les mêmes mémoires disent : « Harold, Duc d’Angleterre vint échouer sur les terres de Guy, Comte de Ponthieu qui le fit arrêter et conduire prisonnier au Château de Beaurain.

Afin d’échapper à l’ennui d’une longue captivité, le Prince Harold se déclara porteur d’un message du Roi d’Angleterre pour le Duc de Normandie et envoya demander à Guillaume, seigneur de Beaurainville, de le faire sortir de prison afin qu’il pût se rendre près de lui.

Guillaume n’hésita point et envoya aussitôt des réclamations à son voisin le Comte de Ponthieu pour la liberté du captif ; ce ne sont d’abord que de simples menaces.

Le Comte de Ponthieu fût sourd aux menaces et ne céda qu’à l’offre d’une grande somme d’argent et de quelques terres sur la rivière d’Eaulne.

Cet épisode de la vie d’Harold est retracé sur la célèbre tapisserie de Bayeux ou tapisserie de la Reine Mathilde. On y voit le Prince anglais debout dans une chaloupe s’avancer vers le rivage. Il ordonne de jeter l’ancre et semble parler au peuple qui vient au devant de lui. On lit au dessus de sa tête : HAROLD.

Guy donne des ordres pour arrêter le Prince qui paraît descendre de la chaloupe ; les vassaux du Comte de Ponthieu sont à cheval, la lance en arrêt et portent des boucliers ornés d’emblèmes et de devises.

La prise d’Harold formant une action particulière est terminée par un arbre afin de distinguer cette scène de celle qui la suit.

Le Comte Guy est à cheval, la manteau relevé sur l’épaule en signe de dignité et même de triomphe, ayant au point son faucon dont la tête se porte en avant comme s’il était prêt à s’envoler. Harold le suit, également à cheval, sans manteau, mais il a cependant un faucon à la main, sans ses grillets sur la tête est tournée du côté de son maître, comme s’il lui demandait son essor. Harold est suivi par les gardes du comte qui portent la lance sur l’épaule.

Le tableau suivant représente Guy en conférence avec Harold dans le Château de Beaurain. Le Comte est assis sur une espèce de trône fort simple, presque semblable à ceux qu’on voit sur les sceaux de nos anciens rois. Il tient de la main gauche son épée dont la pointe est en l’air. Le geste qu’il fait avec la main droite indique qu’il parle à son prisonnier. La contenance d’Harold est humble. Il tien son épée à la main, mais la pointe en bas. On voit plusieurs autres figures dans la pièce où l’action se passe. Ce sont probablement les domestiques du Comte. A la suite de ce tableau paraissent les députés que le Duc de Normandie vient d’envoyer pour réclamer la liberté d’Harold. Guy est debout. Son manteau est ouvert sur l’épaule droite et retroussé sur le bras gauche ; il tient une hâche à la main et affecte un air d’arrogance dans son maintien. Derrière lui est un de ses gardes avec la lance sur l’épaule. Les deux envoyés sont également debout, appuyés sur leur lance ; l’un d’eux semble parler au Comte. Un nain au dessus de la tête duquel est écrit TUROLD tient leurs cheveaux par la bride.

La tapisserie de la Reine Mathilde existe encore dans la cathédrale de Bayeux. Les armes, les costumes et les usages du temps y sont représentés avec la plus exacte vérité. On peut en voir une copie à la bibliothèque nationale.

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